Migrants : à la frontière de l’humain - Exclusions, assignations identitaires et dignité humaine

Travaux de la RL "LES ATELIERS NANSEN" - LOGE D’ÉTUDES ET DE RECHERCHE - G O D F - 6020 - N°3011



Que nous disent les discours centrés sur l’identité et les débats médiatiques incessants et assourdissants sur les dangers de l’immigration et l’impossible assimilation des étrangers dans nos sociétés ?


De quoi ces discours sont-ils le symptôme ?


Comment sortir des crispations identitaires qui nous empêchent de penser ?

Le nationalisme, le racisme, les assignations tout comme les revendications identitaires sont de redoutables « réducteurs de complexité » (Balibar/Wallerstein) qui produisent et renforcent les discriminations. Ils ne peuvent déboucher que sur la violence aveugle et le fanatisme.

Tous ces discours sont redoutablement efficaces pour diviser et surtout, ils camouflent la véritable violence des rapports sociaux d’un monde de plus en plus concurrentiel, dans lequel les inégalités s’accroissent. Lorsqu’ils se combinent à la peur (d’un ennemi intérieur ou extérieur, mais aussi la peur des répressions policières ou la crainte de perdre son emploi), la potion est détonante et elle met en danger la démocratie et la République.


Deux discours s’affrontent,


- d’une part celui des dominants qui ont pour eux de nombreux médias qui privilégient la diversion dont parlait Bourdieu, c’est-à-dire les faits divers déroutant la réflexion vers l’anecdotique. Ils aiguillent ainsi les destinataires vers un émotionnel éphémère et un repli sur soi inspiré par l'ostracisme, germe de racisme. Ainsi préparés ces derniers admettent toujours davantage l’injonction sécuritaire appelant à la répression et à l’assimilation de nombre de manifestations, même pacifiques, à des actes de délinquance.

- D’autre part, celui des dominés qui reprennent de plus en plus à leur compte les assignations identitaires à l’origine des discriminations subies. Ceux-ci renvoient la violence de ces assignations en les revendiquant, c’est le retournement du stigmate, stratégie dont l’histoire a prouvé l’efficacité face au mépris. Est-il utile de rappeler notamment l’exemple de ceux à qui l’on reprochait d’être « nègres » qui en se dénommant eux-mêmes comme tels, ont forgé le terme de « négritude » et avec lui, la dignité d’être noir. Car « les démunis sont devant l’alternative : se taire ou être parlés » (Choses dites, Bourdieu). Ce parler pour eux concernant également les discours humanistes vis-à-vis des noirs.

Noiriel et Beaud estiment que le système de médiatisation fonctionne toujours sur les ressorts de la presse du XIXème siècle mais que les nouvelles technologies de communication ont démultiplié sa puissance auprès du public. Amplifié par les nouveaux réseaux de communication, l’impact de ces discours est beaucoup plus fort que celui de la presse de masse habituelle.


On assiste de plus en plus à la « racialisation des discours publics » qu’elle provienne de discours apparentés à l’extrême droite ou vers des groupes se proclamant de races ostracisées et dont certains cherchent à obtenir une visibilité forte et immédiate sur les réseaux sociaux. Nous nous trouvons devant ce que Bourdieu qualifiait de « cécités croisées » où chaque partie agite des arguments adoptés immédiatement par leurs publics qui y trouvent gratification. Ces affrontements discursifs peuvent amener à un climat de haine.


Cependant, nous ne pouvons les renvoyer dos à dos, ce qui signifierait une position apparemment objective mais de fait, totalement partiale pour les dominants car, dans ce jeu, il n’en demeure pas moins qu’il y a des dominés à ne pas oublier.

La problématique débattue aujourd’hui entre des intellectuels-chercheurs en sciences sociales réside notamment en ce que certains comme Beaud et Noiriel privilégient le déterminisme de la « classe sociale d’appartenance » par rapport aux autres dimensions de l’identité individuelle (classe, genre, « race »,...) et que d’autres, à l’instar de Roger Martelli estiment que « le clivage du social et de l’identitaire est un piège », que l’enjeu en fait, réside dans la nécessité de « passer à l’addition simple et la mise en commun » et que « ce sont ces mouvements -au pluriel- qui sont le terreau de toute construction future ».

Que faire alors pour ramener les esprits à plus de raison, pour défendre des valeurs humanistes et pacifistes et œuvrer pour une société plus harmonieuse et plus juste ?

Il est bien difficile d’écrire sur un tel sujet pourtant si banal. Mais un franc-maçon engagé dans nos valeurs humanistes et universelles peut-il rester insensible, muet ? Garder le silence ne doit pas empêcher la réflexion collective au sein des loges pour faire émerger des pistes et faire que la République se remette sur les rails du progrès social cher à son histoire.

Tous ceux qui sont déjà acquis aux valeurs humanistes et qui sont déjà engagés dans des luttes ou des actions de solidarité, savent bien, pour l’expérimenter au quotidien, l’importance de la fraternité pour les autres et pour soi-même.

Gageons que nous sommes de ceux là, qu’en tant que Francs Maçons, attachés à la dignité humaine et aux valeurs humanistes contenues dans la devise à laquelle nous tenons tant Liberté, Égalité, Fraternité, nous saurons tracer des issues, trouver les mots pour convaincre et pour guérir les maux d’une société qui, si nous n’y prenons pas garde, risque de devenir invivable pour tous.

Combattre ces dangers ne se fera pas dans l’angélisme, ni la « pensée consensuelle politiquement correcte », pensée lisse qui évite toute conflictualité. Il faut au contraire, être capable d’embrasser le réel, de prendre à bras le corps la rugosité des tensions et des problèmes qui s’imposent à nous, de s’emparer des débats intellectuels de notre temps et oser entrer dans la conflictualité de l’aventure des savoirs pour formuler des hypothèses, échafauder des propositions, les mettre à l’épreuve de nos discussions pour réussir enfin à bâtir un monde désirable. Et cela, tout être humain en est capable, d’où qu’il vienne et quel que soit son parcours, pourvu qu’il s’y autorise. Bref, il est urgent (et certainement aussi intéressant et enthousiasmant) de nous mobiliser pour construire ensemble, non pas seulement une résistance ou une riposte, mais une réflexion plus profonde, offensive et émancipatrice pour proposer un autre modèle de société, plus juste, plus ouverte, mieux adaptée aux exigences économiques et sociales de notre temps et par conséquent, plus vivable pour tous les humains. Et toutes les intelligences et énergies seront nécessaires à cette entreprise car ce monde est à inventer.

Vaste chantier donc, qui exige un travail réel, sincère, approfondi et collectif, sensible autant qu’intellectuel, ambitieux et confiant. Pour y parvenir, rappelons l’importance de s’instruire des recherches menées depuis longtemps sur les sociétés, les cultures, les rapports sociaux, les discriminations. De lire les historiens et les philosophes qui se sont emparés de ces questions et ont nourri leurs réflexions de leurs controverses et expériences ; sans oublier les poètes et les artistes qui savent combien l’altérité est importante pour créer. De nombreux penseurs, historiens, sociologues ont déjà fait leur part et continuent à nous apporter des éclairages précieux ; des solutions peuvent être envisagées et mises en oeuvre. Pourquoi donc resteraient-elles inaudibles ?

La lecture de chercheurs en sciences sociales nous éclaire sur les rapports sociaux, les conflits qui travaillent la société. Leurs réflexions sur les méthodes de recherches et notamment le choix des critères et des catégories sociales utilisés pour expliquer les phénomènes sociaux sont essentielles et conditionnent les analyses. D’où l’importance de préserver l’autonomie des chercheurs en ces domaines de tout pouvoir politique (Noiriel/Beaud). Il s’agit de comprendre et d’expliciter ce qui n’est pas directement accessible, en adoptant une approche critique, c’est-à-dire débarrassée le plus possible des préjugés qui masquent ce qui est en jeu. Contrairement aux sciences politiques qui débattent et expliquent des enjeux ou positions politiques en présence et des choix déjà faits, les sciences sociales ne cherchent pas à démontrer ni expliquer, elles cherchent à comprendre ce qui nous échappe. Ainsi, elles éclairent le réel autrement en abordant les faits sociaux à partir d’hypothèses et de questionnements qui sont autant de « pas de côté », si chers à ceux qui voyagent, permettant d’envisager d’autres chemins. En ce sens, elles peuvent aider à l’émancipation.

Précisons cependant qu’autonomie ne signifie pas neutralité, car la neutralité est un leurre et les experts qui la proclament à grands cris avancent le plus souvent masqués. L’autonomie, c’est la liberté laissée aux chercheurs d’approcher les faits sociaux à partir d’hypothèses nourries de leurs expériences, de leur science et de leurs controverses professionnelles ; elle est la seule condition pour que les sciences sociales puissent rendre intelligible des violences et des conflits qui ne peuvent être appréhendés autrement. Il s’agit donc d’accepter la conflictualité des rapports sociaux sans crainte, en cherchant à la comprendre.

La compréhension des mécanismes économiques qui régissent le monde nous éclaire aussi sur les migrations, les guerres, les discriminations : la logique d’accumulation continue de l’économie-monde capitaliste (Braudel/Wallerstein) pousse à la polarisation extrême. Son expansion inévitable provoque des divisions profondes dans le monde car l’exploitation est multiforme (elle va du travail des enfants dans le tiers-monde à la prolétarisation des cadres dans les pays riches), elle requiert une flexibilité croissante de la force de travail et une disponibilité constante des ressources humaines. Elle fonctionne à la concurrence et provoque inévitablement des inégalités qui sont génératrices de violences (guerres, discriminations, migrations). On peut penser que les migrations de populations qui fuient la pauvreté ou les discriminations sont un des effets de l’exploitation capitaliste, en même temps qu’elles l’alimentent (nouvelles ressources humaines, potentiellement très concurrentielles sur le marché du travail des pays riches, d’où les inquiétudes qu’elles éveillent chez les travailleurs de ces pays).

Car la grande majorité des migrations est contrainte. Alors que les marchandises, les flux financiers (et même les virus) ne connaissent pas de frontières, les hommes, eux, se fixent désespérément à des territoires et s’attachent à des identités fantasmées comme s’il y avait là une nécessité de survie psychique, de préservation essentielle. Pourtant, les migrations ont toujours existé, l’histoire des civilisations s’est construite et enrichie à travers elles… Ne penser la figure du migrant qu’à partir de cette idée de contrainte est donc réducteur. C’est l’assigner en quelque sorte à une condition de victime, condamnée à la survie par la débrouille et par la ruse. Il ne s’agit pas, bien sûr, de nier la réalité de leur précarité extrême, entretenue par des politiques d’exclusion et de rejet qu’il convient de combattre.

Mais il est important aussi de mesurer l’intelligence, le courage, la force du désir et l’énergie qu’il faut à un humain pour pouvoir tout quitter et partir dans le vaste monde. Il est important aussi d’avoir à l’esprit ce qu’une telle expérience de vie représente : sur le long chemin de l’exil, les hommes, les femmes et les enfants rencontrent d’autres hommes, découvrent d’autres territoires et cultures, apprennent de façon plus ou moins rudimentaire d’autres langues, restent parfois plusieurs mois dans un pays avant de continuer leur périple. Sur ce chemin semé d’embuches, de dangers, de misère et de souffrances, ils nouent aussi des relations fortes, peut-être passagères ou plus durables, qui les transforment profondément. Les rencontres les plus marquantes dans une vie, sont souvent celles qu’on fait dans des moments cruciaux de grande vulnérabilité et elles sont porteuses et marquantes, pour leur vie entière, dans la mémoire des exilés… Bref, il faut partir des hommes réels, de ce qu’ils disent, de ce qu’ils vivent vraiment, de leur intelligence et des potentialités qu’ils déploient. Et surtout, il faut éviter de naturaliser ou essentialiser des vies humaines, car cela nous fait à coup sûr passer à côté de l’essentiel.

L’assignation identitaire est toujours une violence, car elle enferme l’autre dans une identité imaginaire et fantasmée fondée sur une seule de ses caractéristiques : le plus souvent physique, raciale, culturelle, religieuse, nationale. Alors que les appartenances sont toujours multiples et variées. Nous sommes construits d’une pluralité d’influences et de rencontres. L’assignation est violente aussi parce qu’elle parle à la place de l’autre, en son nom et s’énonce comme une vérité : en assignant l’autre, je lui dénie le droit de parler en son nom et je m’empêche en même temps de le connaitre…. Appréhender l’autre à travers une catégorie et comme représentant a priori cette catégorie est forcément réductrice : le musulman, le français, l’arabe, le chinois, le handicapé, le boulanger, l’ouvrier, l’immigré… Mettre un pluriel à ces désignations ne change rien au problème, au contraire. Chaque être humain doit pouvoir parler à la première personne (du singulier et du pluriel : je et nous : « je suis un sujet et j’appartiens au nous que je veux » du fait de ma liberté de conscience et de mon parcours de vie. Et dans ce nous se trouvent une multitude de personnes singulières. Cela ne signifie pas que les catégories nous empêchent de penser, mais il faut avoir à l’esprit qu’elles sont forcément limitatives pour connaitre l’autre. Il faut donc savoir y avoir recours de façon critique et sans cesse les questionner, car elles révèlent aussi notre façon d’appréhender le monde dans lequel nous vivons.

La figure du migrant, impersonnelle, qui fuit la misère ou la guerre, tente de franchir nos frontières et reste pendant des périodes longues et indéfinies dans des zones hors droit (camps de réfugiés, centres de rétention administrative, ou sans papier sur un territoire inhospitalier) est paradigmatique de notre époque : celle de la mondialisation, de l’accroissement des inégalités dans le monde et de la crise des États nations. Celle aussi des désastres écologiques qui commencent à poindre à l’horizon.

Elle est révélatrice d’une façon de découper le monde et les humains à travers des catégories juridiques qui sont liées aux états nations. Elle nous oblige en même temps à inventer de nouvelles formes de citoyenneté dans un monde de flux de plus en plus déterritorialisés, inassignables, dont les flux financiers offrent une image criante. Le mot « migrant » engloutit en lui les « immigrés » et les « émigrés ». Cette dénomination n’est pas anodine, ni sans conséquence : alors que l’immigré vient de quelque part (où il peut revenir) et que l’émigré va quelque part (d’où il peut repartir), le migrant, lui, semble aller nulle part et venir de nulle part. L’indétermination des territoires d’appartenance et d’accueil nous dit quelque chose sur le monde d’aujourd’hui et indique peut-être une dissolution annoncée de la forme nationale. C’est la raison pour laquelle on peut émettre l’hypothèse que la résurgence un peu partout des nationalismes est une sorte d’agonie des nations. Il ne s’agit pas là d’en minimiser les effets : les nationalismes peuvent être malheureusement encore meurtriers et de façon durable.

D’autant plus que nous continuons à penser à travers cette catégorie nationale, de façon totalement absurde parfois : la qualification des différents variants du Covid 19 en est un exemple. Quelle idée saugrenue de les nommer ainsi : variant anglais, sud-africain, brésilien, tous plus inquiétants les uns que les autres. Existe-t-il un variant français dans les autres pays ? On aurait bien pu leur donner d’autres noms, comme on nomme les évènements météorologiques par exemple (Tempête Xynthia, Ouragan Katrina, Cyclone Fakir, …). C’est un peu comme si nous pouvions nous envisager sous un même ciel, mais pas sur une même terre. Le migrant, le demandeur d’asile et tous les sans-droits sont confinés dans des camps, aux frontières des nations. D’où la nécessité de leur reconnaitre au moins un statut international qui leur permette d’exister officiellement et d’exercer leurs droits humains.

Parmi les humains qui voyagent, ceux qui sont identifiés comme dangereux ne sont pas les hordes de touristes ou les riches entrepreneurs qui circulent librement, mais ce sont les plus vulnérables, ceux contraints de franchir les frontières pour se protéger et survivre. C’est la vie nue dont parle Giorgio Agamben, celle qui ne compte pas et qui pourtant, en même temps, révèle par sa vulnérabilité même le Pouvoir souverain, puisque les personnes sans nom, sans droit, sans existence reconnue peuvent mourir dans l’indifférence générale. Tout se passe comme si cette figure d’un homme errant, n’appartenant plus à aucune nation, chassé par la guerre, la misère ou la disparition pure et simple de son territoire (du fait du réchauffement climatique par exemple) rappelait à tous les autres leur appartenance à des états nations, leur attachement à des institutions qui leur confèrent un statut juridique de sujets et les autorise à vivre. En ce sens, la vie nue est consubstantielle de l’État de droit, car elle en révèle son fondement.

A la suite de Michel Foucault, Giorgio Agamben développe le concept de biopouvoir qui marque la transformation du pouvoir sur les sujets, de moins en moins interpellés comme citoyens (Balibar), mais comme individus « entrepreneurs d’eux-mêmes », avant tout consommateurs et réduits à leur corporalité naturelle (importance grandissante de la biologie et de la santé, injonction au bonheur individuel et émergence des techniques de développement de soi, travailleurs considérés comme des ressources humaines…).

Cela accompagne une concurrence accrue entre tous, directement liée à l’expansion mondiale du capitalisme et à la polarisation qu’il entraine (« économie-monde capitaliste » Braudel/Wallerstein). Les tensions s’exacerbent entraînant de nouvelles exclusions, guerres, discriminations. Dans ces conditions, les questions sécuritaires (qu’elles soient d’ordre social ou sanitaire) dominent. Dans l’ère de la biopolitique, l’état d’exception tend à devenir la norme (*).

Aujourd’hui, la solution à tous les maux semble être le confinement généralisé et l’état d’exception : confinement mondial lors de la pandémie ou confinement dans des camps pour les réfugiés du monde entier et même dans une certaine mesure confinement dans des quartiers souvent qualifiés de « quartiers de non-droit », de « territoires perdus de la République », bref le monde du ban, à la lisière des espaces où la citoyenneté peut encore théoriquement s’exercer.

Dans le brouhaha médiatique incessant qui s’autoalimente en permanence, des prétendus experts sont invités à expliquer au bon peuple des logiques qui les dépassent, nous dépossédant ainsi de notre citoyenneté (les sondages d’opinion remplacent les débats, ils ne sont là que pour permettre aux experts autoproclamés d’expliquer au « peuple » ce qu’il « pense » sans le savoir). Leur écholalie permanente ne fait que refléter (plutôt que réfléchir) l’impuissance de leurs auteurs et font tourner en boucle des faux débats sans issue, au point de fabriquer et de faire éprouver un immense sentiment d’impuissance au plus grand nombre (les « masses populaires »).

Monde dangereux donc qui ne semble plus envisageable autrement que par des réaffirmations ou combats identitaires, des logiques de repli sur soi, toutes plus illusoires les unes que les autres. Voilà donc en quelques traits grossiers, le cliché de la société qu’on nous tend. Comme toute image arrêtée, elle ne dit rien des processus historiques qui façonnent le monde depuis toujours.

Ces processus sont gommés, des antagonismes sont construits pour en camoufler d’autres, les enjeux réels sont invisibilisés. Ceux qui peuvent nous aider à rendre le monde intelligible (les chercheurs en sciences sociales, les philosophes, les historiens, les scientifiques rompus aux méthodes de la pensée critique) sont presque totalement inaudibles.

Quand l’écho lointain de leurs hypothèses perce un peu le brouillard, ils se trouvent immédiatement capturés ou engloutis dans des polémiques stériles, dans des catégories de pensée binaire, comme si la pensée complexe, renvoyant à la complexité du monde qui fait peur, devait être repoussée, écartée vigoureusement du quotidien dans lequel nous sommes empêtrés !

La société a changé et une nouvelle forme de citoyenneté peut peut-être émerger de ce monde en crise. La Franc-Maçonnerie ne pourrait-elle pas en dessiner les contours ? Plus de 50 000 membres et environ 1 300 groupes qui se réunissent pour travailler sur soi, mais aussi sur notre monde réel et symbolique ; ne sommes-nous pas la plus grande Convention Citoyenne discrète qui taille des pierres brutes pour transmettre en dehors de nos ateliers des pistes d’amélioration pour un ²vivre ensemble² de demain Humain ?

(*)Les différents dispositifs déployés par les états pour vaincre la pandémie ou le terrorisme en témoignent. La pandémie de 1969 (grippe de Hong Kong qui a duré 1 an et demi), ou les périodes de terrorisme plus anciennes n’ont pas été « gérées » de la même façon par le passé.

Repères bibliographiques

  • Maalouf A., Identités meurtrières, éd. Grasset, 1998

  • Balibar E., Wallerstein E., Race Nation, Classe, Les identités ambigües, La Découverte, 1988.

  • Beaud S., Noiriel G., Race et sciences sociales, Essai sur les usages publics d’une catégorie, Agone épreuves sociales, 2021

  • Fassin D., La force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, Seuil, 2011.

  • Noiriel G., Le venin dans la plume, Edouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, La Découverte, Paris, 2019.

  • Noiriel G., Chocolat, La véritable histoire d’un homme sans nom, éd. Bayard, Paris 2016

  • Agamben G., Homo Sacer Vol.1 Le Pouvoir souverain et la vie nue, éd. Seuil, 1997

  • Bourdieu P., Choses dites, éd. De Minuit, 1987

  • Bourdieu P., Le métier de sociologue – Préalables épistémologiques, éd. EHESS, 1968

  • Martelli R., [regards.fr] Article du 14 janvier 2021

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