Petit lexique à l’usage de nos SS et FF de notre Obédience

Dernière mise à jour : 15 févr.

Une réalisation LES ATELIERS NANSEN - LOGE D’ÉTUDES ET DE RECHERCHE

G O D F - 6020 - N°3011


Comment continuer ensemble une réflexion à partir d’ʺévidencesʺ.


Nous avions commencé par un questionnement sur les mots si fréquemment employés aujourd’hui à propos de celles et ceux arrivant dans le territoire européen et notamment en France. Ces mots sont : étranger, émigré, immigré, migrant, ...


Ces mots nous ont conduits à d’autres réflexions sur les thématiques associées à la présence des immigrés sur nos territoires (intégration, formation, insertion...).


Pour aller plus loin nous avons élargi la réflexion à d’autres termes comme rapatrié ou expatrié, qui ont pu être vus comme étrangers ou se sentir perçus comme tels.

Il y aurait d’autres chantiers encore autour de ces thèmes, qui pourraient faire l’objet d’ateliers de recherche. Les Ateliers Nansen se concentrent sur l’accueil des étrangers dans nos sociétés européennes du XXIème siècle.

Notre objectif est de sensibiliser à ce que l’on pourrait nommer l’inconscient des mots par une recherche étymologique ainsi qu’à l'usage social et politique de ces mêmes mots.


Ce lexique invite l’ensemble des Francs-Maçons à une réflexion plus large afin de pouvoir le compléter et l’enrichir encore de vos recherches et propositions.

En effet, il faut avoir à l’esprit que ces mots que nous utilisons fréquemment et que nous considérons comme interchangeables, sont chargés de significations qu’il s’agit de questionner.



Étranger :

Le radical est estrange (XIème siècle), du latin extraneus signifiant : « du dehors, extérieur » qui n’est pas de la famille, du pays. Son préfixe est dérivé de extra : dehors, hors de. Ensuite, le mot s’applique (XIVème siècle) à ce qui est d’un autre pays par rapport au locuteur. Au XVIIème siècle, il concerne ce qui n’est pas familier, non connu mais aussi il désigne une personne se tenant à l’écart, il devient même synonyme d'ennemi collectif.

Aujourd’hui, variant à une lettre près, du mot « étrange » il garde des connotations indiquant une différence étonnante, curieuse.

Légalement l’« étranger » est une personne qui n'a pas la nationalité du pays où il se trouve au moment concerné. Cet état peut changer au cours de la vie d'un individu dans la mesure où il peut obtenir cette nationalité. L'étranger peut aussi désigner un pays ou un ensemble de pays autre que celui dont on est citoyen.


Émigrer :

C'est un emprunt au latin emigrare signifiant « changer de demeure », vient de « changer -

échanger » qui a donné en latin « mutare » : muer. Il signifie pour nous le fait de quitter son pays pouraller s’établir dans un autre.

Sous la Révolution française (pour nommer les aristocrates fuyant la France) il devint fréquent sous la forme : émigré. Il a pour synonyme : émigrant qui a une tournure plus générale.

Ex. Une famille émigrée. Celle qui est venue de l’étranger. Notion qui paraît forte car même les enfants et petits-enfants d’émigrés sont dits de « deuxième génération » et « troisième génération », l’idée d’origine de personnes étrangères étant dominante sur l’idée d’appartenance à la nationalité française de leur descendance.


Immigrer :

De même racine que précédemment « migrare » : changer, mais qui indique avec le préfixe

latin « in » transformé en « im : changer de lieu de résidence et plus précisément « entrer dans un pays étranger ».

Le mot d’immigré s’employait beaucoup dans la deuxième partie du XX ème siècle pour nommer les travailleurs étrangers, (souvent Algériens dans la période de décolonisation de l’Algérie) ou Marocains (qui avaient vécu une histoire d’indépendance similaire).

L’immigré résidait pour plusieurs années ou définitivement en France pour travailler le plus souvent dans des tâches manuelles fatigantes et insalubres et était souvent l’objet de xénophobie.

En fait, dans la pratique langagière actuelle, ces nuances entre émigré ou immigré sont presque synonymes et l’usage d’émigré est le plus souvent employé. Pour émigré comme pour migrant, le sens qui semble prédominer porte sur l’idée d’un changement récent de pays (même si leur périple avant l’arrivée en France a duré plusieurs mois ou années).

On voit qu’aujourd’hui, c’est le sens de l’arrivée récente qui prédomine, sans doute en lien avec la question des arrivées en Europe depuis 2015 qui occasionnent les interprétations idéologiques xénophobes que nous connaissons. Ainsi, c’est l’idée de l’intrusion soudaine qui apparaît dominante ici.


Migrant :

Le mot de migrant et de migration dès le XVIème siècle, prend le sens plus général de

« déplacement d’une population qui quitte un pays pour un autre » ( il contient donc à la fois le sens des préfixes « é » et « in/im) et il ne s’agit pas seulement d’individus mais de « population ». Il peut désigner aussi les migrations intérieures d’un même pays. Aujourd’hui, le terme de migrant, généralise la notion de déplacement entre pays. Il y a un risque d’essentialisation c’est-à-dire de réduction des personnes exilées à une catégorie d’humains en mouvement quasi perpétuel, différente des nationaux.

La Communauté européenne (née en 1951) a rendu le terme migrant synonyme de réfugié à partir de 2015.

Or, il semble que les termes migrants, émigrés et réfugiés sont traversés par des interprétations politiques, En effet, les détracteurs du phénomène de la migration, privilégient les mots émigrés (de préférence au pluriel…) immigrés et migrants mettant l’accent sur un mouvement invasif, alors que les personnes ayant une vision plus humaniste du phénomène appuient, par le termes réfugié ou exilé, sur la nécessité d’un accueil digne.


Réfugié :

A partir du latin : « re » indiquant le mouvement à rebours et « fugere » fuir, qui donne « refugere » : reculer en fuyant. il contient le sens de « se retrancher », de « fuir » et de « reculer en fuyant » et par suite de « chercher asile ou refuge ». Le refuge étant un moyen de se dérober à un danger.

Aujourd’hui, le mot réfugié.e, par extension, va jusqu’à la « protection subsidiaire » (en relation avec les textes fondateurs), et désigne quelqu’un qui est contraint de quitter son pays pour se soustraire à des persécutions, un danger de mort pour des raisons politiques, religieuses, ethniques ou de genre.

Il s’applique aussi couramment à des personnes obligées de quitter leur pays pour des raisons économiques (famines, manque de travail...) voire pour raisons climatiques.

D’où l’absurdité dont relèvent certaines interprétations consistant à vouloir distinguer réfugiés de guerre et réfugiés économiques. Ce qui induirait de savoir évaluer entre ces deux situations ceux qui seraient le plus en danger… comme d’ignorer que guerre et économie sont liées.


Exilés,

Quant à lui, issu de « ex » : hors de et de « salire » : sauter, bondir » a signifié également :

« malheur », « tourment » et en ancien français celui de : « ravager », « ruiner » jusqu’au XIIème siècle, puis a pris le sens de « bannissement », d’ « expulsion » de quelqu’un hors de son pays assorti de « défense d’y revenir ». L’exil donne la situation d’exilé, et par extension le lieu d’exil. Il s’est souvent appliqué à des personnes expulsées ou en fuite pour raisons politiques.

Pour nous, qui nous interrogeons sur le sens des mots et leurs connotations, réfugiés et exilés seraient à préférer dans nos désignations afin de mettre en exergue les dimensions de solidarité indispensable face à la détresse des personnes concernées et de sauvegarde de la dignité humaine.

Il est possible aussi d’adjoindre au terme général d’immigré un second qui indique la manière dont l’immigration a été engagée ou obligée. Ainsi, il y a :

- les immigrés réfugiés qui ont dû quitter leur pays du fait de guerres, de gouvernements factieux ou génocidaires,

-Les immigrés économiques qui sont forcés de quitter leur pays afin de trouver du travail et faire vivre leur famille restée sur place,

-Les immigrés climatiques, obligés de quitter leur pays à cause des modifications climatiques les privant des terres cultivables qui avaient assuré jusqu’alors une subsistance même frugale.

-Les immigrés que l’on pourrait qualifier de volontaires qui se déplacent afin d’approfondir des études, étudiants de deuxième cycle ou en recherche de spécialisation, doctorants... et tous ceux souhaitant vivre ailleurs comme ils en ont le droit.


Ainsi, pour servir un projet d’accueil de ces personnes, employons-nous une série d’autres termes sur lesquels il serait également bon de nous pencher.

Intégration et tout d’abord intégrer, dérivé du latin classique « integrare », signifie dès le XIVème siècle « réparer, remettre en état » ou, « renouveler, recommencer » ainsi que « recréer, refaire et exécuter ». Un siècle plus tard, ce verbe va aller vers le sens de « faire participer, associer » puis au XXème siècle, on le retrouve notamment en physiologie et en psychanalyse et dès le milieu de ce siècle, il désigne l’opération par laquelle un individu s’incorpore à un groupe.

Nous notons les idées de re-création et de volonté de faire participer un élément au sein d’un groupe.

Au passage demeure également l’idée de quelque chose ou quelqu’un qui est entier ou rétabli dans son intégrité. Cela ressemble bien, semble-t-il à ce que nous pouvons chercher à favoriser chez les réfugiés, à savoir travailler à ce qu’ils parviennent à pénétrer la société dans laquelle nous vivons et à y participer.


Dans le même ordre d’idées, nous rencontrons le mot : insertion.

Insertion et insérer, apparaissent dès la fin du XIVème siècle, ils sont issus d’ « insertio » initialement avec le sens d’un ajout textuel inséré dans un écrit, et signifient aussi « greffé ». Employé en botanique, puis en anatomie au XVIème siècle, c’est Bergson qui au XIXème siècle l’emploie au sens figuré comme un synonyme d’intégrer, pour désigner l’insertion sociale.


Instruction qui peut advenir dans notre propos par le truchement de l’action d’apprendre aux réfugiés les codes de notre société, langue, pratiques sociales, informations juridiques... semble lui, signifier faire comprendre et parvenir dans une structure. C’est « mettre quelqu’un en possession d’une connaissance particulière ». Issu « d’ instructio » c’est : disposer, adapter. Il est synonyme de

construction avec la nuance, sans doute, avec le préfixe « in » de placer dans une structure, structurer et avec le préfixe « con » de signifier l’être ensemble dans cette structure. L'instruction étant surtout liée à la période scolaire, par rapport aux adultes, nous opterons plutôt pour le terme de former, formation.


Formation, ce mot issu du latin « formatio » signifiait : forme, confection, dans le sens de prendre une forme, (ex. Formation géologique d’une roche). Au XVIème siècle, par analogie, on parle de formation ( de constitution) d’une langue, puis vers le XVIIIème siècle, de formation en tant que groupement

de personnes (ex. Formation militaire ou politique).

Dès le milieu du XXème siècle, le terme de formation précisé par les désignations de formation des adultes, puis de formation permanente ou continue, s’installe en rapport avec les besoins de qualification professionnelle et de culture générale prolongeant ou complétant la scolarité initiale.

Le mot formation a semble-t-il perdu son sens de mise en forme, de formatage qui peut demeurer plus fortement dans le mot information. Ce dernier mot étant compris comme le passage d’un message unilatéral de l’informateur vers l’informé (c’est toute la question de l’effet des informations médiatiques supposant toujours un choix de mise en forme arbitraire du message par l’émetteur, induisant certaines interprétations de la part des récepteurs).

La formation en prenant un sens figuré proche du mot : enseignement, ne nous dispense cependant pas d’être toujours en éveil sur le possible formatage contenu dans l’acte de former (comme d’enseigner). D’où l’intérêt de demeurer à l’écoute en plaçant non pas un contenu d’enseignement en premier pour le dispenser auprès de récepteurs à propos desquels on ne s’interrogerait que peu, mais en écoutant les formulations (la manière de dire) des personnes en formation afin de proposer opportunément certaines connaissances qui permettent un prolongement de leur réflexion en même temps que son extension. C’est donc, dans le principe, partir de la personne qui désire se former pour co-construire avec elle un savoir plus important qu’elle intègre, qu’elle fait sien. C’est ce qui est contenu dans la « co-naissance », cette connaissance étant de pair médiatisé par le groupe des adultes

en formation.

L’idée de risque de formatage nous amène à évoquer une autre série de termes qui commencent eux aussi, comme intégration, insertion, instruction. Il s'agit des mots intrus, intrusion, invasion, invasif mais aussi instrumentalisation, ingérence.

En filigrane, l’image des réfugiés s’y retrouve, car pour certains mouvements de pensée, ils ne sont que des intrus, ils font intrusion dans une société considérée comme à clore afin qu’elle échappe à l’invasion par le différent, (invasion allant jusqu’au fantasme d’un remplacement…)


Reprenons :


Intrus vient du latin « introtrudere » signifiant dès le XIVème siècle, introduire de force. « Intro » : intra, vers l’intérieur et « trudere » : pousser. L’ancien verbe « intrure » signifiant « introduire sans droit, sans titre ». Dès le début du XIXème siècle, l’intrus désigne « une personne qui s’introduit quelque part sans y être invitée ni désirée ».

Et, nous devons travailler à ce que l’intrus de certains soit l’accueilli pour nous , le réfugié qui recherche une rencontre qui favorise son intégration par l’apprentissage des codes de notre société l’accompagnant vers une légalisation (malgré tous les obstacles mis à l’accès à la loi par un État oublieux des valeurs qu’il affiche).


De même qu’un travail d’élucidation est toujours nécessaire pour éviter le formatage, il permet sans doute d’éviter l’instrumentalisation des réfugiés qui sont parvenus à arriver parmi nous. Ce travail peut nous permettre de ne pas été invasif, de nous interdire une ingérence dans le devenir de ces exilés. Car sachant que « l’enfer est pavé de bonnes intentions » il nous est indispensable de nous interroger sur les représentations que nous avons du/de la réfugié.e., éxilé.e.


L’instrumentalisation, nous ramène au XIIIème siècle, à : instrument du latin « instrumentum » : mobilier, ameublement, matériel, qui devient au figuré : outillage, ressource. C’est un objet fabriqué servant à exécuter un travail, plus qu’un outil il est aussi un appareil, une machine. Dès le XVème siècle, il est utilisé au sens figuré pour parler d’une chose mais aussi d’une personne utilisée pour une fin déterminée. A partir de la moitié du XXème siècle, il est évoqué notamment dans les sciences sociales, sociologie, psychologie pour indiquer une action manipulatrice sur une personne.

Cela nous donne certes à penser sur l’instrumentalisation pratiquée notamment sur les immigrés des années 60 par le travail à la chaîne, ou sur les humains évoqués en termes de « flux migratoires » ainsi que sur l’expression cynique désignant tous les travailleurs comme « ressources humaines ».

Mais l’instrumentalisation doit aussi nous amener à réfléchir sur notre rapport aux personnes exilées qui ne sont pas qu’une « force de travail » ou un esprit « à former ».

L’ingérence, est la forme nominale d’ingérer, lequel vient du latin « porter dans, jeter sur, verser » au XIVème siècle, devient au figuré « imposer quelque chose ». L’ingérence nous pousse à intervenir dans les affaires d’un autre, à choisir pour l’autre une orientation qui nous paraît légitime et souhaitable.

Ainsi, glissant sur la pente de projeter pour les autres ce que nous pensons être bien pour eux, pouvons- nous omettre d’entendre leurs propres attentes.

Si l’on veut tendre vers davantage d’exhaustivité dans ce tour d’horizon des déplacements opérés mais tout en se limitant à la période allant de la fin du Moyen-Age à notre XXIème siècle, nous devons compter également sur les déplacements de populations colonisatrices, elles-mêmes devant souvent s’exiler pour des raisons de famines, de guerres religieuses, en fait de conditions de vie dégradées.


Pour évoquer ces flux et reflux de populations, nous nous en tiendrons à des mouvements qui peuvent être encore dans l’esprit de nos SS et FF, c’est-à-dire au retour de Français à la période des décolonisations. Ceci pour ne pas non plus oublier les liens entre colonisations anciennes et nombre d’immigrations d’aujourd’hui.


C’est bien à ce propos de l’arrivée de rapatriés dont il s’agît.


Rapatrié, la racine de ce mot est bien sûr, patrie, au XVIème siècle emprunté au latin patria, il désigne le pays du père d’où les notions de sol et de pays natal. Le préfixe « ra » indiquant comme « re », l’idée d’une réitération. Le mot désigne la communauté à laquelle une personne appartient, il concerne le rapport entre un groupe social et l’individu qui en est issu.


En 1798, l’expression mère patrie apparaît désignant un pays dont une colonie dépend.

Rapatrier étant « assurer le retour d’une personne dans son pays » a aussi pris le sens de « se réconcilier » ceci induisant que de telles arrivées sont travaillées par des dimensions affectives liées aux soubresauts de l’histoire et aux idéologies.


On appelle rapatrié un citoyen ayant résidé dans un pays différent de son pays d’origine soit

temporairement, soit de manière permanente, et contraint de rentrer chez lui pour divers motifs. Le plus souvent pour assurer sa sécurité à la suite d’une d’une révolte ou d’une guerre qui le prive d’un séjour sûr dans la région d’adoption. Les rapatriés sont une catégorie particulière de réfugiés en ce sens que leur pays d’accueil est leur patrie, c’est-à-dire le pays dont ils ont la nationalité.


Dans les années soixante, en France, le terme désigne les personnes nées françaises dans l’un des territoires coloniaux avant les indépendances, soit dans l’un des pays suivants : Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, République Centrafricaine, Tchad, République du Congo, Gabon, Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo, Djibouti, Comores, Madagascar, Vietnam, Cambodge et Laos.


Trois conditions sont fixées pour avoir la qualité de rapatrié (loi du 26/12/1961, relative à l’accueil et à la réinstallation des Français d’outre-mer).

● Avoir été installé dans un territoire ayant accédé à l’indépendance.

● Avoir eu la nationalité française au moment de l’indépendance de ce territoire.

● Avoir quitté ce territoire par suite d’événements politiques directement liés à l’indépendance.

Rapatrié a été appliqué spécialement aux Français d’Afrique du Nord réfugiés en France après l’indépendance des pays du Maghreb, surtout de l’Algérie.

Aujourd’hui, les personnes séjournant notamment en Afrique pour raisons professionnelles sont appelées expatrié.e.s.


Expatrié, le mot apparu vers le milieu du XVIIIème siècle, s’est spécialisé au XXème siècle en Afrique subsaharienne, à Madagascar pour nommer les « étrangers d’origine européenne ou nord-américaine travaillant temporairement dans le pays ».


Cette situation découle le plus souvent d’accords entre les pays ayant accédé à l’indépendance et les pays anciennement colonisateurs et/ou dominants économiquement parlant. Ces activités souvent interprétées comme faisant partie de l’« aide » apportée aux pays en développement, relèvent des types de rapports qu’entretiennent les pays protagonistes, rapports complexes sur lesquels cet écrit ne s’appesantira pas...


Enfin, le mot apatride apparu en 1904, issu du radical : patrie avec le préfixe privatif : a et le suffixe : ide du grec : idos, « sans patrie », garde de son origine des connotations affectives souvent négatives.


L’apatride est « Toute personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation » (Convention New-York,1954). Ainsi dépourvu de nationalité, l’apatride est exclu de son pays natal et pourchassé, l’histoire en a fourni notamment l’exemple des Russes (1922) et des Arméniens (1924).


Même avec une vision qui se veut humaniste, l’héritage de notre histoire coloniale française, enraciné en nous peut-être plus qu’on ne le croit, peut encore sévir.


A propos du travail d’élucidation incessant que nous devons faire, nous citerons un exemple narré pas Nelson Mandela lui-même, évoquant dans son autobiographie l’exemple du jour où il prit un avion.


Lorsqu’il vit que le pilote était noir, il ne put se retenir, même une fraction de seconde, de douter de la compétence de celui-ci. Situation signifiante quant au poids insidieux de l’image du blanc tout puissant et sachant, inscrite dans l’inconscient même des plus avertis...


A partir de notre initiation, nous avons été averti.e, par le truchement du miroir tendu par notre parrain ou notre marraine, que notre premier.e ennemi.e était nous-même.


L’étude de ces mots devrait nous indiquer le type de travail à faire pour analyser nos préjugés sachant que ces derniers avancent masqués et que nous sommes tout autant agis que nous agissons consciemment. C’est le travail à remettre sur notre planche tous les jours pour se constituer davantage en tant que sujet agissant en conscience. Et, non pas en tant qu’objet d’un langage, usant de mots induisant à notre insu un écart avec notre pensée. Les terminologies pouvant être porteuses d’une histoire et d’une idéologie trahissant notre pensée volontaire, à moins qu’elles ne révèlent ce qui demeure en nous d’imprégnations non analysées...



Référence bibliographique :

● Alain REY - Dictionnaire historique de la langue française » trois tomes, Le Robert, (1928-

2020). Alain Rey était linguiste, lexicographe, historien de la langue française.


1 vue0 commentaire